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Épisode 146: Cognitique et Intelligence Artificielle avec Benoît Le Blanc

Sommaire de l’épisode

Nous explorons les liens entre cognitique et intelligence artificielle (IA) en compagnie de Benoît Le Blanc. Métier transverse faisant appel aux sciences exactes et aux sciences humaines, nous approfondissions ce qu’est la cognitique, son importance, et son rôle dans l’IA.

Un entretien passionnant qui permet de retrouver la place de l’usager.

Épisode 146: Cognitique et Intelligence Artificielle avec Benoît Le Blanc

Benoît Le Blanc

Benoit Le Blanc est professeur d’intelligence artificielle à Bordeaux INP, spécialisé dans l’intelligence artificielle et les sciences cognitives.  Il est spécialisé en sciences cognitives appliquées et ses activités de recherche portent sur la gestion des connaissances, les systèmes de raisonnement symbolique et sur les rapports entre confiance et décision. 

Il est directeur de l’École Nationale Supérieure de Cognitique (ENSC, Bordeaux INP) depuis 2019. Il a été chargé de mission pour l’intelligence artificielle à la Direction Générale de la Recherche et de l’Innovation.  Il est membre du bureau de rédaction de la revue scientifique Hermès-CNRS et a été pendant cinq ans chargé de mission à la Direction générale de la Recherche et de l’Innovation pour les dossiers liés à l’intelligence artificielle.

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Détails de l’épisode

(00:00) Bienvenue à l’épisode 146

(01:13) Introduction

  • Benoît Le Blanc. 
  • Directeur de l’École Nationale Supérieure de Cognitique.

(02:10) Vocabulaire des sciences cognitives

Neurosciences, sciences cognitives: bonnet blanc et blanc bonnet ?

  • Pas tout à fait: Les sciences cognitives rassemblent plus largement des thématiques au-delà des neurosciences.
  • Celles-ci s’intéressent aux neurones et aux mécanismes fonctionnels du cerveau en tant qu’organe du corps: plus on en saura sur la brique de base, le neurone, et plus on en saura sur l’édifice, le cerveau.
  • Les sciences cognitives vont travailler dans l’interdisciplinarité pour étudier la personne (neurosciences, physiologie, psychologie et même sociologie, philosophie, etc.) et l’intelligence artificielle fait partie de ce domaine.
  • Certains pensent que plus on cherche sur les petites briques, mieux on va comprendre alors que d’autres préfèrent travailler sur l’ensemble.
  • On travaille sur les “trois C”: Cerveau, Comportement et Cognition.

(04:39) Pourquoi étudier la cognition

Qu’est-ce qui fait que c’est important de comprendre les processus cognitifs ?

  • Les sciences ont une vision cumulative de la connaissance.
  • Les études en sciences cognitives débutent dans les années 1950, mais en France c’est surtout depuis les années 1980.
  • La technologie devient plus complexe, on ressent le besoin de mieux comprendre l’humain.
  • Les sciences cognitives appliquées font appel à la compréhension pour améliorer certains gestes, certains comportements, via la psychologie et la sociologie.
  • Nous formons donc des gens qui auront la double compétence des sciences du comportement et des sciences de l’information.
  • Du coup, nous avons tendance à dire que les sciences “dures” sont les sciences humaines car les sciences “exactes” sont plus faciles à travailler car il est plus facile de procéder par cumul de connaissances.

(09:42) Quelle place pour les émotions?

L’UX étudie non seulement les processus dans les interactions entre l’humain et la machine, mais fait aussi de la place aux émotions. La cognitique aussi ?

  • La cognitique est à la connaissance, ce que l’informatique est à l’information. 
  • La cognitique est l’association de la science du traitement de l’information aux sciences humaines et sociales: on va incorporer les sciences humaines aux technologies.
  • Les émotions font certainement partie de la cognitique!
  • Il faut savoir les émotions que la machine va susciter.
  • Quand il y a trop d’émotions, il faut mettre de la technique et vice-versa.
  • En français, il y a deux mots pour ce qu’en anglais on appelle “user”:  usager et utilisateur.
  • En anglais, on qualifie ce “user” à l’aide d’adjectifs: road user (usager), end user (utilisateur).
  • En cognitique, on va dire que l’apport est “interne” ou “externe”: l’utilisateur va utiliser de la cognition dans son action tandis que l’usager ne le fera pas ou très peu et se concentrera uniquement sur la finalité.
  • Ex: la SNCF est un utilisateur de la technologie du fabricant de train et le passager n’est que l’usager.
  • Là où ça se complique, c’est avec les experts: certains usagers deviennent des usagers avertis possédant des connaissances uniques ou particulières.

(17:58) Standardisation des interfaces humain-machine

Combien de temps avant la standardisation des interfaces homme-machine informatiques ?

  • Exemple: quand on demande à un enfant de mimer un téléphone:  cette mimétique a complètement changé.
  • Les téléphones intelligents ont à peine 15 ans, donc c’est encore en évolution, mais ça se fera surtout par la personnalisation.
  • Même chose pour les moteurs de recherche qui vont aller vers la voix.
  • C’est une question d’habitude et ces habitudes se forment très jeune.

(21:15) Importance des biais cognitifs

En quoi nos biais cognitifs sont-ils importants ?  Les retrouve-t-on systématiquement dans les intelligences artificielles?

  • Le mot “biais” veut dire “de travers” ou “tordu” et je préfère parler d’attracteurs cognitifs.
  • En revanche, ce n’est pas nécessairement rationnel, attendu ou prévisible, mais ça fait l’intérêt de travailler sur ces sujets.
  • Il est assez facile de mettre son cerveau en défaut, mais il faut les connaître pour continuer à améliorer les outils que les entreprises mettent sur le marché.
  • Un UX parfait anticiperait tes besoins, mais ce serait néfaste et nous rendrait complètement passifs.
  • Pour paraphraser: quand le téléphone d’un adolescent tombe en panne, ils se trouvent totalement démunis car ils n’ont pas d’alternative pour faire ce qu’ils veulent faire.
  • L’UX ne simplifie pas le monde qui reste complexe: on a aussi besoin de KX, de knowledge exchange.
  • On étudie aussi le HX: Hybridity Extension pour voir comment les individus entrent en symbiose avec leurs outils.

(27:55) Quel acteur majeur européen en IA?

On voit bien que les GAFAM, avec leurs moyens financiers colossaux et leur marque employeur enviable ont une longueur d’avance dans le domaine de l’IA.  Y a-t-il de la place pour un nouveau joueur européen d’importance ?

  • La question est surtout de savoir comment ça peut arriver.
  • Les GAFAM font des profits équivalents au coût de l’éducation d’une nation comme la France.
  • Il y a aussi beaucoup d’Européens qui travaillent dans ces entreprises qui par ailleurs n’ont pas intérêt à voir émerger des compétiteurs.
  • Piste: les machines ne comprennent pas le sens.   

(33:24) Augmenter le nombre de diplômés de cognitique

Je m’appelle Macron ou Borne et je te demande de doubler ton nombre de diplômés tous les 3 ans, que me réponds-tu?

  • Oui!
  • Nous sommes une école publique qui diplômons 80 étudiants par année, mais on ne peut se développer qu’avec des postes de fonctionnaires.
  • On a aussi autant de filles que de garçons dans notre école car nous formons autant à la technique qu’aux sciences humaines.

(37:57) Conclusion

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